Femme-paysage, marée, muse et rivage.
Tandis que le monde pourrait cesser demain
Je nais aujourd’hui par tes mains colorées.

Sous l’eau , dans le ventre chaud de la vie la plus simple
Corde au bout d’un navire heureux
Roseau fertile sous le vent de ton esprit clair
Parmi les vagues du jour, Je renais.

Océan utérin de la femme
Liquide bleu de l’aube
C’est bon comme le plus beau matin de juillet
une Plage dans le creux de ton cou
un Boisé délicat où germent les oiseaux
le quai miroitant de tes mains savourées.

Et Tandis que le monde se brise contre lui-même
J’escalade ici par ton être qui me porte,
Je redécouvre le goût d’être au centre du jour.
Axe joyeux, Marée sans mots de trop,
Tu me guides vers la plage de mon corps oublié
Tu ouvres ma chair à son été le plus doux.

Et tandis que le monde se moque de tout
Généreusement habillement tu me donnes à moi-même.

Je suis l’écume de mes pensées, le fruit de l’eau.

Parmi les écailles de mes poissons multicolores
Sur cette planète fragile et pourtant solidement belle
Par ta force calme et ta décence fine,
tout redevient lac si étrangement vaste
Où nagent en riant, mes chairs les plus miennes.
Alors, au pied de la montagne dressée vive
Dans la brume épaisse des fougères bleues
Ma vie se retourne, et embrasse l’étoile.

Ah! Tout ce que je te dois!

Par toi, je m’abandonne, je perdure à ma peur
Sans armure inutile,
Marée libérée d’être un homme,
peuplier de mes vieux nerfs
Tandis que le monde se meurt,
je reviens à la vie par toi.

Doucement douceur pénétrante et longue
Onde limpide traversant mes murs froids
Dans l’eau jusqu’au cœur, je ressens
La beauté du présent et la clarté de tout.

Ainsi délivré d’avoir raison,
il n’y a plus d’autre vie que celle de tes doigts fous.
Toi femme enfouie furieuse au fond des foins en feu,
par-delà mon esprit étroit, enfin, tu me navigues.

Sans regarder en arrière, ton paysage me prend la main.
C’est le printemps de mon cerveau archaïque
Un dimanche joyeux au sein des beautés vives.
Je me livre alors démaquillé et muet
Sans désir de contrôle, sans goût du combat
Je me donne à ta présence forte et je tourne,
Et tourne encore, ballon conscient au seuil du désir.

Oui, Il fait toujours beau lorsque je te revois !

Mais Tu m’as trouvé sur le pavé des choses de trop
J’étais un élan vital brisé, une corde trop étirée,
Une soirée sans étoile, un matin sans aube.
Je me souviens de ces jours avant tout, moroses,
Ces jours dans lesquels j’avançais à rebours
Un jour qui n’en finissait plus de s’allonger.
Pierre de rivière, je roulais dans la nuit beige
Les odeurs n’avaient plus la magie de m’émouvoir
J’étais celui qui gagne toujours sans joie
J’avais des écailles d’acier au lieu du cœur
Je marchais à côté de mon être véritable
Incapable de prendre pied en moi-même.
Déboussolé, plein de piqûres de guêpes noires
Un corps laissé pour mort sur le rivage
Je ne croyais plus au pouvoir de tant d’amour.
Je n’avais dans mes mains brisées qu’une roche froide
Sans jamais cesser d’être sur mes gardes
J’avançais les yeux fermés sur un trou sans fin.

Comment ai-je pu passer tant de jours irremplaçables
À éviter de reconnaître ce qui me détenait ?

Mais voilà, la vie est de retour.
L’énergie qui efface les barbelés de mes détours.
Plus qu’un homme, je redeviens l’être doux
Plus que poète, je deviens poésie palpitante.

Puissance révélatrice,
Intelligence qui suit le fil de ton œil bleu
Lorsque j’entre dans l’eau, j’entre en moi
C’est plus que ma chair, un corps que je découvre
Les parfums libérateurs de ta nuque au duvet clair.

Ainsi porté par des flotteurs et des mains
J’évite les creux cassés de ma présence lourde.
Grenouille vibrante, j’orbite par ton axe bariolé
Et rien au monde n’a plus d’importance noire.
Soudainement, toute ma vie se révèle lumière
Dans les failles de la semaine où tu surgis
Je glisse vers le haut, je descends vers le ciel
À l’envers de ce monde correctement banal
Tu me guides vers des vallées flamboyantes.
Contre ton corps aussi beau que la vie joyeuse
J’entends battre le cœur de l’univers.
Je coule source émerveillée dans l’humus de tes paupières.

Alors des mots surgissent de partout.
Des mots avec des mains et des bouches voraces.
Je les laisse débouler de mon cœur ébahi,
Et l’archet de ma plume vibre à vif
verger de veines vaillantes.

J’écris comme un galet chante la rivière.

OUI, Tout redevient tellement simple à goûter l’eau de tout.
Et tandis que ce monde peut se casser à tout moment
par toi, ahuri,
je défile comme un arbre,
les pieds, dans mes racines.

José Pouliot

Fitch Bay, Septembre 2002 à septembre 2007
Québec
Terre